La Corée du Nord a peut-être trouvé à Eberswalde (est de l'Allemagne) le moyen de sauver sa population de la famine, grâce aux lapins géants de Karl Szmolinsky. Cela ressemble à un gag, mais ces lapins monstrueux intéressent au plus haut point le régime de Pyonyang...

L'aventure de M. Szmolinsky, ancien chauffeur routier de 67 ans qui élève des "géants allemands" depuis 1964, a commencé en avril 2006 par la visite d'une équipe de la télévision nord-coréenne. Deux mois auparavant, l'éleveur du Brandebourg avait remporté un concours régional grâce à Robert, un "géant" de 10,5 kg pour 73 cm.

Photo de "ROBERT"

"En novembre, une délégation de l'ambassade nord-coréenne est venue à la maison. Ils étaient intéressés par les lapins et répétaient +kilo, kilo, viande, viande+", raconte M. Szmolinsky. Car un géant, qui met sept mois à parvenir à maturité, "pèse entre 8 et 10 kg et nourrit une famille de six personnes", affirme l'éleveur.

"Je me suis réjoui de leur proposition, explique-t-il. Je veux aider la population, c'est un pays très pauvre. Je fais cela pour les enfants et les gens qui ont faim, car je sais ce que c'est, j'ai vécu la guerre quand j'étais enfant".

En octobre dernier, l'organisation indépendante International Crisis Group (ICG) avait averti du danger d'une nouvelle famine après les graves inondations survenues en juillet dans ce pays de 23 millions d'habitants. Dans les années 90, une famine avait tué deux millions de personnes en Corée du Nord.

Mais cet ex-Allemand de l'Est tient à prendre ses distances avec le régime nord-coréen. "Le peuple n'est pas le pouvoir, juge-t-il. Au lieu de construire des bombes, le gouvernement ferait mieux de nourrir son peuple".

Pour 80 euros pièce (alors que les specimens se vendent généralement entre 200 et 250 euros), la délégation a acheté douze lapins, dont Robert, qui se sont envolés en décembre vers une ferme d'élevage de Pyongyang. Ces douze lapins doivent donner naissance à 60 lapereaux par an, selon les estimations de M. Szmolinsky.

La délégation est repartie d'Eberswalde munie des conseils de Karl Szmolinsky et d'un manuel d'élevage datant de 1959. "Il est toujours d'actualité, rassure-t-il, peu de choses ont changé depuis dans la manière d'élever ces lapins".

La nourriture pourrait être un problème, alors qu'un géant mange près d'un kilo de nourriture par jour, mais M. Szmolinsky ne paraît pas inquiet. "Les Coréens m'ont assuré qu'ils avaient assez de riz, de pommes de terres, et d'herbe. Comme base, ça devrait aller", dit-il.

"S'ils font bien les choses, s'ils aiment les animaux et s'ils en prennent soin, il peuvent réussir. Mais je ne pourrai dire ce qui va ou ce qui ne va pas que quand je verrai ce qu'ils ont fait", ajoute-t-il.

L'ambassade de Corée du Nord à Berlin a promis de financer son voyage à Pyongyang en avril. "Mais je n'ai pas eu de nouvelles depuis trois semaines, quand l'interprète de l'ambassade m'a assuré qu'il s'occupait de mon visa", souligne-t-il.

Depuis la visite nord-coréenne, M. Szmolinsky est un homme très occupé. Les médias nationaux et internationaux se succèdent devant les clapiers où grandissent une dizaine de femelles et les quatre fils de Robert. "Il y a eu des Japonais, des Russes, des Américains", énumère-t-il.

"Je suis fier d'être aussi populaire", dit-il, ajoutant qu'Eberswalde, par ailleurs capitale allemande des géants où le premier club d'éleveur à vu le jour en 1907, "est de nouveau sur la carte de l'Allemagne".

La ville pourrait même demain être sur la carte du monde, car une délégation chinoise s'est récemment renseignée sur la possibilité de lui acheter quelques spécimens pour démarrer un élevage à Pékin. La semaine prochaine, il accueillera aussi une délégation péruvienne, pour les mêmes raisons.

Source : le 7/2/2007  par Cyril Julien (dépêche AFP)

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